Tunisie: divergences au sujet de l’extradition de l’ancien Premier ministre libyen

TUNIS (AP) — Des divergences sont apparues mercredi à Tunis après l’annonce par le gouvernement de l’extradition “dans les semaines à venir” de l’ancien Premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi, actuellement détenu en Tunisie.

 

Le porte-parole de la présidence tunisienne Adnène Mancer a implicitement contesté cette décision gouvernementale, faisant valoir qu’elle est en dernier ressort de la compétence du chef de l’Etat.

Dans une déclaration à l’agence officielle TAP, M. Mancer a noté que seulement “un accord de principe” a été conclu entre Tunis et Tripoli et que l’extradition de M. Mahmoudi demeure soumise à plusieurs conditions.

“La Tunisie ne va pas extrader Baghdadi Mahmoudi, dernier Premier ministre libyen sous le régime de Kadhafi, sauf si la Libye fournit les garanties d’un procès équitable”, a-t-il insisté.

“De surcroît, la Tunisie ne livrera pas M. Mahmoudi si elle perçoit un danger pour sa vie”, a-t-il ajouté.

Selon lui, l’accord prévoit la constitution d’une commission tunisienne qui aura pour mission de vérifier le bon fonctionnement de la justice libyenne et de veiller sur le respect de l’intégrité physique et morale de M. Mahmoudi.

“Les procédures peuvent prendre du temps, dès lors qu’elles dépendent de la finalisation de son dossier et des formalités de son extradition”, prévoit-il.

Il a précisé qu’à l’instar de son prédécesseur Fouad Mébazzaâ, l’actuel président Moncef Marzouki, un ardent défenseur des droits de l’Homme, a refusé de signer la décision d’extradition.

Le directeur de cabinet présidentiel Imed Daïmi a aussitôt réfuté ces divergences.

“Il n’y a pas de contradiction entre les positions du gouvernement et de la présidence de la République”, a-t-il plaidé mercredi après-midi sur les ondes de la radio privée Mosaïque FM.

Il a admis que “l’accord de principe” tuniso-libyen prévoyait les garanties évoquées et qu’une délégation tunisienne se rendra en Libye pour s’en assurer.

Interrogé sur les menaces proférées par des parties pro-Kadhafi en cas d’extradition, M. Daïmi a déclaré que ces menaces étaient “prises au sérieux” en se disant confiant en la capacité de l’armée et des forces de sécurité tunisiennes à faire face à toutes tentatives criminelles.

La “Troïka” au pouvoir en Tunisie est dominée par le parti islamiste “Ennahdha”, vainqueur des élections d’octobre dernier, organisées neuf mois après la chute du régime de l’ancien président Ben Ali, chassé du pouvoir par un soulèvement populaire. Pour former le gouvernement dirigé par le numéro deux d’Ennahdha Hamadi Jebali, il s’est allié à deux formations centristes: le Congrès pour la République (CPR) de M. Marzouki et “Ettakatol” ou Forum démocratique pour les libertés et le travail (FDLT) du Dr Mustapha Ben Jaâfar, président de l’Assemblée nationale constituante (ANC).

Des organisations internationales, dont Human Rights Watch (HRW), se sont prononcées contre l’extradition de M. Mahmoudi en raison des risques qu’il encourt.

Des avocats de l’ancien dirigeant libyen ont, pour leur part, dénoncé cette mesure, la jugeant “injuste” et contraire aux principes humanitaires. Me Mabrouk Kourchid a mis en garde contre le risque d’un conflit tribal, notamment dans le sud tunisien, en cas d’extradition de M. Mahmoudi qui appartient à une tribu libyenne située à proximité de Ben Guerdane, ville frontalière avec la Libye.

L’ex-Premier ministre libyen observe depuis plusieurs jours une grève de la faim dans la prison de Mornaguia, près de Tunis, où il est incarcéré depuis huit mois.

Il avait été arrêté en septembre dernier dans le sud tunisien pour “franchissement illégal de la frontière” alors qu’il s’apprêtait à se rendre en Algérie, un pays qui a donné refuge à plusieurs membres de la famille Kadhafi. AP

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